En couple, gérer l’argent et les dépenses de façon équitable et harmonieuse n’est pas toujours facile. Les discussions entourant ces questions peuvent aussi générer des tensions. Par où commencer pour lancer la conversation, quels sont les points à aborder en priorité et les pièges à éviter?

Les enjeux financiers de la vie à deux sont nombreux, qu’il s’agisse de répartir les dépenses, de planifier des projets ou d’assurer la sécurité financière des partenaires.

Le 18 novembre prochain, ÉducÉpargne et plusieurs partenaires proposent un webinaire visant à accompagner la réflexion des couples qui recherchent des stratégies concrètes pour relever ces défis.

Parmi les panelistes, le planificateur financier Alexandre Leblond, chroniqueur économique sur les ondes du 98,5 et du 93,3 FM, a accepté de répondre à cinq questions qui reviennent fréquemment.

1. Quelles sont les erreurs les plus fréquentes concernant la gestion des dépenses communes dans le couple?

J’en vois deux principales. Premièrement, le manque de communication. On instaure un système de gestion sans jamais en avoir parlé ensemble. Cela fonctionne plus ou moins bien, jusqu’à ce que cela ne marche plus.

La deuxième erreur concerne le partage des dépenses. Les couples oublient que si cela paraît juste au niveau des montants d’argent, cela ne l’est pas nécessairement en termes de création de valeur.

Par exemple, si les partenaires consacrent tous deux la même somme aux dépenses communes, mais que l’un paye l’hypothèque et l’autre l’épicerie, au bout du compte, le premier aura accumulé de la valeur, mais pas l’autre. En cas de séparation, ce dernier sera clairement désavantagé.

Pour trouver ensemble un système plus juste, il est essentiel d’en discuter. On choisit un moment où l’on ne sera pas épuisé par sa journée de travail ni dérangé. On doit mener ces conversations régulièrement pour s’assurer que la structure financière est toujours équitable et que les deux partenaires sont à l’aise avec celle-ci.

2. Quelle est votre recommandation si un couple veut planifier un projet?

Plus on s’y prend tôt et mieux c’est! C’est en planifiant suffisamment longtemps à l’avance que l’on peut mettre une stratégie en place et éviter de s’endetter pour atteindre ses objectifs

S’il s’agit de projets relativement simples, comme planifier un voyage ou prendre une année sabbatique, les outils d’intelligence artificielle peuvent fournir des conseils utiles. En revanche, lorsque cela concerne des choses plus complexes, comme la préparation de la retraite, je recommande de faire affaire avec un professionnel.

 3. Quels sont vos meilleurs conseils pour alléger le prix du congé de maternité sur les épaules de la conjointe, et lui permettre d’épargner malgré tout?

Durant le congé de maternité, le Régime québécois d’assurance parentale versera au parent qui a donné naissance à l’enfant 70% de ses revenus durant les 18 premières semaines. Par la suite le congé parental, partageable entre les deux parents, prévoit 70 % des revenus pendant sept semaines, et 55 % pour les 25 semaines suivantes.

Avec une telle diminution de revenus, la mère aura moins de ressources pour épargner, alors que le père, lui, pourra continuer à accumuler des actifs.

Aujourd’hui, les couples sont davantage conscients de cette réalité et désireux de rééquilibrer la situation. Je vois de plus en plus de pères qui décident de verser une partie de leur salaire à leur conjointe, afin de réduire l’écart de revenus durant la période de congé parental. Une autre bonne option consiste à cotiser au REER du conjoint : le père verse des montants dans le REER de sa conjointe pour l’aider à constituer son épargne retraite malgré la baisse de revenus. C’est une question de respect l’un envers l’autre, mais aussi d’équité pour la conjointe.

 4. Quels sont les grands oubliés de la planification financière dans le couple?

Sur le terrain, je constate qu’il existe une grande méconnaissance à propos du statut de conjoints de fait. Beaucoup de couples pensent à tort qu’ils disposent des mêmes protections que les personnes mariées ou en union civile. Par exemple, ils croient que leur partenaire héritera automatiquement d’une part du patrimoine au décès, ce qui n’est pourtant pas le cas en l’absence de testament. C’est d’autant plus préoccupant que le Québec est l’un des champions mondiaux de l’union libre!

Cette situation génère plusieurs angles morts, c’est pourquoi le testament, le mandat de protection et le contrat de vie commune devraient faire partie des priorités pour les conjoints de fait. Pour les couples mariés, testament et mandat de protection sont tout aussi essentiels, même si leur statut leur confère certaines protections juridiques. Il en va de même pour les couples en union parentale.

5. La planification de retraite devrait-elle s’effectuer de façon individuelle ou partagée?

Il faut comprendre qu’il existe une grande différence entre ce que nous dit le logiciel de planification ou le fichier Excel, et la vraie vie. Il faut aussi se montrer réaliste : dans les faits, il y a peu de chance que des conjoints dans la trentaine aujourd’hui, soient encore ensemble à la retraite.

Pour ma part, lorsque des couples viennent me consulter, je bâtis un plan commun, mais aussi des scénarios individuels, pour faire en sorte que les deux partenaires puissent tirer leur épingle du jeu, même s’ils venaient à se séparer.

Cet exercice permet aussi de s’assurer que chacun des conjoints est protégé et que l’un n’est pas trop dépendant de l’autre.

Pour participer à notre webinaire sur l’argent dans le couple, c’est ici.