La réalité féminine fait en sorte que leurs finances ne suivent pas nécessairement la même trajectoire que celle des hommes.

Voici ce qu’ils devraient savoir pour mieux comprendre le parcours économique de leur conjointe, et leur donner un coup de pouce le cas échéant!

Les hommes ne sont pas toujours conscients des défis auxquels sont confrontées leurs conjointes sur le plan financier. Il ne s’agit pas nécessairement de mauvaise volonté, mais plutôt d’une ignorance des enjeux. Or, ces spécificités auront un impact majeur sur les revenus des femmes, leur épargne, l’accumulation de patrimoine et la retraite.

Cette méconnaissance ne surprend pas la sociologue Hélène Belleau, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique et titulaire de la Chaire Argent, inégalités et société.

« Au Québec, 60 % des couples gèrent leur épargne séparément, une proportion qui grimpe à 77 % pour les couples en union de fait », note-t-elle.

Pas étonnant, donc, que la trajectoire économique de la conjointe passe souvent sous le radar de son partenaire. Pour y voir plus clair, voici un bref tour d’horizon de quatre éléments à surveiller tout particulièrement, ainsi que quelques pistes de solution.

  1. L’arrivée d’un enfant

Le Régime québécois d’assurance parentale verse une partie du salaire durant le congé de maternité. Il reste que durant cette période, les femmes voient leurs revenus amputés de 30 %, une proportion qui grimpe jusqu’à 45 % pendant le congé parental.

Mais ce n’est pas tout : selon des données récentes, une femme donnant naissance à son premier enfant peut mettre environ 10 ans à rattraper son salaire d’avant la grossesse [1].

Ces deux facteurs auront nécessairement des conséquences sur la capacité à épargner, ainsi que sur les droits de cotisation REER. « Il y a véritablement une pénalité financière de la maternité », constate Hélène Belleau

  1. Le partage des dépenses

Le partage des dépenses communes dans le couple peut s’effectuer selon différents modes, par exemple moitié-moitié ou au prorata des revenus.

Néanmoins, aucun système ne constitue la panacée pour préserver la capacité d’épargne de la personne dont les revenus sont plus faibles. Puisque les femmes gagnent souvent moins que leur partenaire, plusieurs s’appauvrissent ou même s’endettent pour réussir à faire face à leurs obligations financières.

Par ailleurs, dans un couple, les hommes ont tendance à gérer ce qui relève du patrimoine (investissements, hypothèque, etc.), alors que les femmes voient aux besoins quotidiens.

Résultat, la conjointe payera l’épicerie et les dépenses variables reliées aux enfants, alors que son partenaire remboursera le prêt hypothécaire, effectuera des placements et accumulera un patrimoine.

  1. Les soins aux enfants et la proche aidance

Même si les tâches domestiques et les soins aux enfants ne reposent plus exclusivement sur les épaules des mères, elles continuent encore à assumer une bonne part de ces responsabilités.

Mais ce n’est pas tout : selon le Conseil du statut de la femme, 58 % des proches aidants sont des femmes, et elles sont aussi plus nombreuses à devoir s’occuper d’un proche, en plus de leurs enfants[2].

En tant que proches aidantes, elles apportent généralement du soutien pour les travaux domestiques et les soins personnels, alors que les hommes se concentrent plutôt sur l’entretien de la maison[3], des tâches qui génèrent moins de charge mentale et parfois moins d’heures.

« Qu’il s’agisse de prendre soin des enfants ou d’un proche, en général, ce sont les femmes qui réduisent leur temps de travail ou qui vont quitter leur emploi rémunéré. Elles payent donc le prix fort », souligne Hélène Belleau.

Et puisqu’elles assument une plus grande portion du travail domestique non payé, elles gagnent et cotisent moins aux produits d’épargne retraite. Sans surprise, leurs revenus à cette période de la vie sont inférieurs de 30% à ceux des hommes.

  1. Le prix de la séparation

Le Québec est le champion mondial des couples vivant en union libre (42 %). On ne dispose pas de données sur le taux de séparation ni sur la durée de vie de ces derniers, mais pour les couples mariés, on sait qu’un mariage sur deux se termine en divorce et que la durée moyenne de l’union est de 15 ans.

Du côté des unions de fait, en l’absence d’une convention de vie commune prévoyant le partage des biens, chacun repart avec ce qui lui appartient. Les conjoints en union parentale bénéficient d’un nouveau régime depuis 2025, mais celui-ci comporte des angles morts, notamment au niveau du partage des régimes de retraite.

Certes, les conjoints mariés sont mieux protégés lors d’un divorce en raison de la règle du partage du patrimoine familial, qui inclut notamment les fonds de pension.

Toutefois, en raison des disparités économiques, même si la moitié de la résidence familiale lui revient, une femme n’aura pas nécessairement les moyens de racheter la part de son ex-époux et subira une perte de patrimoine.

Enfin, si elle forme un nouveau couple, les allocations gouvernementales qu’elle reçoit pour ses enfants pourraient en pâtir, car les revenus du ménage sont considérés pour déterminer les montants. Or, le nouveau conjoint ne participe pas nécessairement aux dépenses reliées aux enfants de la précédente union de sa conjointe. Cette dernière sera donc pénalisée financièrement si elle décide de refaire sa vie.

Trois pistes de réflexion

Comment faire contrepoids à ces sources d’inégalités?

« Ni le système du prorata des revenus ni prendre davantage de dépenses à sa charge ne suffisent pour compenser les pertes assumées par la conjointe lorsqu’elle prend soin des enfants. Il faut considérer tout le travail non rémunéré qu’elle accomplit », résume Hélène Belleau.

Elle propose trois solutions pour aider à compenser ce déséquilibre.

  1. Faire de l’épargne une dépense commune : concrètement, les épargnes de retraite sont ajoutées aux dépenses communes, qui sont ensuite partagées au prorata des revenus. Ainsi, le conjoint qui gagne le plus participe davantage à l’épargne, ce qui contribue à réduire les disparités et donne une plus grande sécurité financière à la personne qui gagne moins.
  2. Contribuer au REER de sa conjointe : le conjoint cotise au REER de sa partenaire pour mieux équilibrer les revenus à la retraite. Cela n’a pas d’impact sur les droits de cotisation à ses propres REER et, en prime, il bénéficiera d’un crédit d’impôt!
  3. Rédiger une convention de vie commune : les conjoints de fait devraient prévoir une convention de vie commune dans laquelle ils déterminent de quelle façon les actifs seront partagés en cas de séparation. Cette entente permet de répartir le patrimoine de façon plus équitable, afin de tenir compte du parcours de vie et des défis financiers propres aux femmes.

 

[1] Trajectoire économique des femmes, Chantier de l’économie sociale, en collaboration avec la Ligne d’arrivée et le Comité sectoriel de main-d’œuvre – Économie sociale et action communautaire, mars 2026. Graphique disponible ici : https://www.facebook.com/share/p/1AdjqG1uZy/

[2] Les proches aidantes et les proches aidants au Québec – Analyse différenciée selon les sexes, Conseil du statut de la femme, 2018.

[3] Les personnes proches aidantes au Québec en 2018, Institut de ls statistique du Québec.